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«Turbulences dans l’Eglise du Canada autour de la justice sociale» – La Croix

Turbulences dans l’Eglise du Canada autour de la justice sociale –    La Croix – Archives > 2013-01-17 – VIATTEAU Magda

Ces derniers mois, l’engagement de l’Église canadienne en faveur de la justice sociale a fait à plusieurs reprises l’objet de vives discussions. Les orientations de l’organisation Développement et Paix sont notamment remises en cause par la Conférence épiscopale canadienne. MONTRÉAL (Canada), de notre correspondante.


Depuis plusieurs mois, un débat se développe au sein de l’Église catholique canadienne sur son engagement pour la justice sociale. Son aspect le
plus visible est la forte tension autour de son organisation Développement et Paix (DP), cible de critiques de plusieurs évêques. Déjà, à la fin de l’été
2011, une lettre pastorale préparée par la commission Justice et Paix intitulée « La pauvreté au Canada à la lumière de la crise économique » est jugée dépassée et inutile par la Conférence épiscopale (CECC). Elle ne sera jamais publiée.
À l’automne 2012, l’épiscopat annonce la suppression du poste de son conseiller à la justice sociale, pour des raisons financières ; ses responsabilités sont confiées au conseiller théologique. Même si, selon la CECC, cela ne signifie nullement le désengagement de l’épiscopat en matière de justice sociale, certaines personnalités catholiques, dont Élisabeth Garant, directrice du Centre Justice et Foi et auteur d’une lettre ouverte au président de la CECC, y voient un revirement mettant en péril « l’ecclésiologie insufflée par le concile Vatican II ».

Cette préoccupation est sans doute favorisée par l’atmosphère de crise entourant Développement et Paix. « J’ai démissionné, car DP entame un virage important qui trahit sa mission », assène Claire Doran, ancienne directrice du département éducation. « DP est attaqué de manière très vicieuse par des blogs, des lobbys qui se disent “pro-vie”, mais en fait sont des groupes radicaux de droite », tandis que l’épiscopat, au lieu de prendre sa défense, dit : « Vous nous mettez dans l’embarras. »
Créé dans l’enthousiasme postconciliaire par des évêques canadiens, cet organisme laïc chargé de l’aide aux populations pauvres du monde jouissait
d’une excellente image. La polémique naît en 2009, lorsque le site nord-américain pro-vie LifeSiteNews accuse l’un de ses partenaires au Mexique, le centre jésuite ProDH, d’être impliqué dans une campagne en faveur de la décriminalisation de l’avortement. Une délégation dépêchée sur place lève
toutes les accusations, mais l’épiscopat canadien décide de créer un comité permanent chargé d’« accompagner et encourager Développement et
Paix, tout en l’appuyant dans la révision de ses processus décisionnels ».
« Il y a toujours ce nuage gris, des soupçons qui existent » dans les milieux conservateurs qui passent au peigne fin les sites Internet des partenaires étrangers de DP, admet son directeur général Michael Casey. Ainsi, The Catholic Register, magazine anglophone de Toronto, affirmait au printemps que DP a été « à juste titre critiqué » pour des partenariats avec des organismes dont la mission va à l’encontre de l’enseignement de l’Église sur la protection de la vie. « Si Développement et Paix veut augmenter sa cote de popularité auprès des catholiques laïcs (et le montant de leurs dons), l’agence devrait devenir moins politique et plus catholique », ironisait le journal.
L’institution a effectivement besoin de dons. Financée jusqu’à présent à 40 % par une subvention fédérale, elle a été durement frappée par la réduction des fonds alloués pour la période de 2011-2016. Au lieu de 49 millions de dollars demandés, le gouvernement ne lui octroie que 14 millions. Le nombre de partenaires tombe de près de 200 à 90. Cette réduction est due à un tournant dans la politique fédérale d’aide internationale. Dorénavant, elle doit promouvoir les intérêts économiques du pays, et sera distribuée, pour une bonne part, à travers les entreprises privées canadiennes présentes à l’étranger. Ce choix controversé a inspiré aux membres de DP l’idée d’y consacrer leur traditionnelle campagne d’information d’automne. « Il y avait une carte action à envoyer au premier ministre Stephen Harper, pour lui demander de créer une commission d’enquête et de réflexion sur la politique d’aide internationale du
gouvernement », explique Michael Casey. La campagne a été jugée provocante et potentiellement dangereuse pour l’unité de l’Église au Canada. « Le président de la CECC, Mgr Richard Smith, archevêque d’Edmonton, nous a convoqués pour exprimer ses inquiétudes, partagées par certains de ses confrères, poursuit le directeur général de Développement et Paix. Lui-même disait que la décision finale revenait à DP, mais que la campagne ne serait pas autorisée dans son diocèse », ainsi que dans certains autres diocèses majeurs du Canada.
Mis devant un tel choix, le conseil national de DP a cédé et accepté de retirer la carte-action, et de recentrer la campagne sur des informations neutres. Néanmoins, plusieurs membres ont démissionné pour protester contre ce qu’ils interprètent comme une tentative des évêques d’orienter leur action vers la seule aide caritative plutôt que vers le développement et l’éducation.
Pourtant, malgré l’amertume et la frustration des militants, la situation semble s’être quelque peu apaisée ces dernières semaines. Lors d’une
rencontre en décembre, Mgr Smith a assuré le conseil national de l’appui de l’épiscopat à DP, et de sa volonté de poursuivre leur collaboration lors de
la prochaine campagne de financement pendant le Carême 2013. Une aspiration partagée par de nombreux membres de base. « Il ne faut pas se laisser abattre, mais relever les manches », lance Chantal Langelier, bénévole depuis un an dans une paroisse de Montréal.

Turbulences dans l’Eglise du Canada autour de la justice sociale | La-Cr… http://www.la-croix.com/Archives/2013-01-17/Turbulences-dans-l-Egl…
1 sur 2 2013-01-20 07:11

Des subventions pour les mouvements d’évangélisation
Le quotidien canadien La Presse révélait, lundi, que, selon une recherche menée par François Audet, directeur de l’Observatoire canadien sur les
crises et l’aide humanitaire – dont les résultats doivent être publiés au printemps dans la Revue canadienne d’études du développement –, Ottawa
subventionne de plus en plus généreusement les ONG religieuses, surtout celles qui se donnent pour mission de répandre la foi, alors qu’il réduit les
fonds de nombreux organismes de coopération internationale. D’après cette étude, les subventions des ONG « laïques » ont augmenté de 5 % de
2005 à 2010, passant de 226 à 237 millions de dollars. Pendant la même période, l’enveloppe annuelle des ONG religieuses serait passée de 90 à
129 millions, soit une hausse de 42 %.
VIATTEAU Magda

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