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LETTRE DE LA CONFÉRENCE RELIGIEUSE CANADIENNE AU PREMIER MINISTRE HARPER

LETTRE  DE LA CONFÉRENCE RELIGIEUSE CANADIENNE AU PREMIER MINISTRE HARPER – 11 DÉCEMBRE – Michel Proulx, O. PRAEM. Président

Extrait: «Nous inquiète encore plus, non seulement le fait que des compagnies minières canadiennes sont maintenant identifiées comme partenaires de l’ACDI, alors que plusieurs d’entre elles ont été ou sont encore accusées de graves violations des droits des populations où elles opèrent, mais le fait que l’ACDI délaisse l’expertise des organismes de la société civile engagés depuis des décennies dans l’aide internationale canadienne. Pourtant, plusieurs d’entre elles (Développement et Paix, Kairos Canada, Alternatives, Les Oeuvres Léger, Oxfam, etc.), qui se battent aujourd’hui pour survivre, furent louangées par l’ACDI pour leur bon travail en développement.»

Le 11 décembre 2012
Très honorable Stephen Harper
Premier Ministre du Canada

Objet : L’aide internationale canadienne
Monsieur le Premier ministre,
Lors d’un discours prononcé le 23 novembre dernier devant l’Economic Club de Toronto, le ministre de la Coopération internationale, M. Julian Fantino, a affirmé que l’aide internationale devrait dorénavant être au service des intérêts commerciaux canadiens.


Au nom de la Conférence religieuse canadienne que je représente et de ses 18 000 membres à travers le Canada, je désire vous exprimer par la présente notre vive inquiétude devant ce qui nous apparaît, depuis déjà quelques années d’ailleurs, des changements d’orientations inacceptables de la politique canadienne d’aide internationale.
Il ne doit pas y avoir de confusion entre les objectifs de développement et la promotion des intérêts commerciaux. Les propos du ministre ouvrent toutes grandes les portes au secteur privé et mettent en danger l’atteinte de la mission de l’ACDI qui est de réduire la pauvreté et non pas de se transformer en un instrument au service des intérêts économiques canadiens.
Nous inquiète encore plus, non seulement le fait que des compagnies minières canadiennes sont maintenant identifiées comme partenaires de l’ACDI, alors que plusieurs d’entre elles ont été ou sont encore accusées de graves violations des droits des populations où elles opèrent, mais le fait que l’ACDI délaisse l’expertise des organismes de la société civile engagés depuis des décennies dans l’aide internationale canadienne. Pourtant, plusieurs d’entre elles (Développement et Paix, Kairos Canada, Alternatives, Les Oeuvres Léger, Oxfam, etc.), qui se battent aujourd’hui pour survivre, furent louangées par l’ACDI pour leur bon travail en développement.

Pire encore, et c’est cela qui nous désole le plus, l’enveloppe globale de l’aide canadienne sera coupée de 7,5 % au cours des trois prochaines années. L’ACDI elle-même a été coupée de 9,7 %. Cela représente 800 millions de dollars et équivaut aux montants que l’ACDI destine aux programmes d’éducation (250 millions de dollars), d’eau et d’assainissement (70 millions de dollars), au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et la malaria (180 millions de dollars), au Programme alimentaire mondial (70 millions de dollars) et plus.
Pourtant, en 1970, le gouvernement du Canada avait fait la promesse aux Canadiens et Canadiennes de verser 0,7 % du revenu national en aide publique au développement. À en juger par les récentes coupures, l’aide extérieure canadienne baissera malheureusement à 0,25 % d’ici 2015. Au même moment, en Grande-Bretagne, le premier ministre David Cameron a demandé au Parlement une augmentation de 40 % de l’aide, pour s’assurer que le pays atteigne le 0,7 % d’ici à 2015, l’année cible pour atteindre les objectifs du Millénaire en matière de développement.

Que faites-vous justement, monsieur le Premier ministre, de cet engagement pris par le Canada en 2000 dans le cadre de l’Initiative de Muskoka mise de l’avant au Sommet du G-8? Il avait alors été promis de verser 1,1 milliard de dollars supplémentaires en faveur de la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants. Cette contribution devait porter à 2,85 milliards de dollars l’aide accordée par le Canada de 2010 à 2015 en vue de réduire la mortalité infantile (OMD 4) et d’améliorer la santé maternelle (OMD 5). Le gouvernement avait tenu sa promesse de doubler son aide à l’Afrique, et devait se préparer à délier complètement son aide d’ici 2012-2013. Au lieu de cela, ce sont des millions de dollars d’aide à l’Afrique qui ont été coupés depuis 2010 à travers le partenariat de l’ACDI avec les ONG canadiennes.

Face à de tels changements d’orientations, radicaux et inappropriés, les leaders des communautés religieuses catholiques du Canada vous demandent instamment, monsieur le Premier ministre, de rétablir un dialogue constructif et ouvert avec les organismes de coopération et de solidarité internationale afin de réorienter les politiques canadiennes de l’aide publique au développement pour qu’elles correspondent avec le souhait de la majorité des Canadiennes et Canadiens.

Sincèrement,
Michel Proulx, O. PRAEM. Président
Cc. Hon. Julian Fantino, Ministre de la Coopération internationale

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