En passant

UNE INDIGNATION PROPHÉTIQUE – Lise Baroni-Dansereau

UNE INDIGNATION PROPHÉTIQUE – Lise Baroni Dansereau

«Toute institution qui ne travaille pas meurt et entraîne sa mission avec elle dans la mort, l’Église y compris. Malheureusement, tristement, honteusement, c’est ce qui se produit présentement.»

Je suis membre de Développement et Paix depuis de nombreuses années. Étant prise ailleurs, je n’y ai pas milité très activement. Mises à part certaines collaborations et quelques mandats au Comité de théologie, ma solidarité a surtout été marquée par des dons annuels soutenus. J’emploie le passé parce que, depuis plusieurs mois déjà, devant une évolution qui s’apparentait à une prise de contrôle hostile, j’ai cessé toutes formes de dons et de collaborations avec l’organisme. Mon attachement demeure cependant avec ceux et celles qui, à l’intérieur encore, ou à l’extérieur, de plus en plus, s’engagent à résister envers et contre tout.

Je ne reviendrai pas sur le déclencheur principal et les manifestations qui confirment maintenant un véritable détournement de Mission. Les diverses prises de parole reproduites sur ce blogue  nous en informent régulièrement. Ce qui m’importe ici c’est de me joindre à cette magnifique mise debout d’une frange significative de l’Église du Québec, celle qui désire garder intacte sa voie (et sa voix) prophétique.

C’est dimanche aujourd’hui… Je perçois les membres de Développement et Paix qui s’indignent, via les divers comités diocésains, les assemblées de régions et les abonnés à ce blogue, comme un grand Mémorial du Dieu de Jésus : un Dieu qui rêve un monde de justice… un Dieu qui connaît chaque être humain par son nom… un Dieu qui s’identifie prioritairement aux femmes menacées de lapidation et aux hommes laissés pour mort dans le fossé. Une représentation de Dieu rassembleuse à laquelle les évêques s’associent très certainement. Pourtant, à la lumière de ce qui se passe présentement, il semble que là s’arrête notre accord. Car dans un monde où un processus mondial de déshumanisation s’amplifie et s’accélère sans cesse, comment garder vivante cette Mémoire extraordinaire, comment tenter de lui donner des mains, sans analyser ce qui se passe, sans brasser la cage, sans frapper sur des casseroles, sans créer de larges alliances, sans questionner les gouvernements, qu’ils appartiennent à l’univers social ou religieux ? N’est-il pas d’ores et déjà prouvé que les stratégies de l’image sauvegardée, de l’obéissance servile aux maîtres de ce monde, de l’unité à tout prix font fausse route ? Les évêques qui les appliquent, tout autant que ceux qui se taisent, errent avec elles.

Je crois en l’utopie chrétienne si elle se fait active ici et maintenant ; je crois tout autant que renier la dimension politique de nos rêves ecclésiaux ne contribue qu’à nous désincarner. Je reconnais donc l’importance de l’institution… elle est et sera toujours indispensable. Voilà justement la raison pour laquelle je n’hésite pas à poser un jugement sévère sur une Église qui dévie de la voie évangélique. Les autorités romaines n’en finissent plus de se refermer, de se cramponner au passé, de refuser les forces vitales qui les interpellent. Comment supporter davantage ces abus de pouvoir qui condamnent à la paralysie ou à l’insignifiance des organismes comme Développement et Paix et la Conférence des religieuses américaines, par exemple, dont les options sont jugées trop politiques, trop axées sur la justice ou trop libres face au resserrement de la morale sexuelle ? Toute institution qui ne travaille pas meurt et entraîne sa mission avec elle dans la mort, l’Église y compris. Malheureusement, tristement, honteusement, c’est ce qui se produit présentement.

D’où l’importance majeure de cette prise de parole collective à laquelle je désire participer publiquement. Il y a dans cette résistance quelque chose de l’indignation du Nazaréen devant la table des vendeurs du temple. Membres bénévoles et membres du personnel de Développement et Paix qui vous levez présentement, vous n’êtes pas seuls, d’autres, comme moi, sont de la même Église que vous.

Lise Baroni Dansereau, dimanche, le 11 novembre 2012

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Une réponse à “UNE INDIGNATION PROPHÉTIQUE – Lise Baroni-Dansereau

  1. à quoi sert à Dieu de croire en l’humain si l’humain ne croit pas en Dieu, l’Amour-en -personne! À quoi bon en devenir les bras et les jambes au quotidien si l’äme même du Seigneur se meurt ? La nuit de Noël, c,est aussi le courage des re-commencements pour la suite du monde et le salut de la grande famille humaine. La fin des temps surviendrait que l’Amour, la Voie, la Vérité et la Vie ne passeront pas.

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