En passant

«SE RANGER POUR NE PLUS DÉRANGER» – CD de Sherbrooke

RÉACTION À LA DÉCLARATION CONJOINTE du président de la CECC et du président de D&P – Richard Beaucher, Président du Conseil diocésain, Sherbrooke. 8 novembre 2012

«Développement et Paix n’a plus un rôle prophétique à jouer! De plus, la responsabilité antérieurement confiée aux laïcs leur est retirée.»

Une lettre explicative des personnes qui ont pris la décision d’interrompre la campagne de sensibilisation et d’éducation populaire juste avant le lancement était bien nécessaire et vivement attendue. Les personnes qui y ont travaillé ardemment pendant plusieurs mois et les membres actifs n’ont pas compris le bien fondé d’un geste aussi grave alors que tout le matériel était fin prêt. Tout s’annonçait pour que les citoyennes et citoyens canadiens soient informés du virage majeur de la politique d’aide publique au développement. Dans un tel contexte, des explications claires et précises d’un tel geste, des raisons ne faisant pas offense à l’intelligence, s’avèrent nécessaires pour ne pas détruire ce qui peut rester de mobilisation chez les membres actifs, engagés.

Cette déclaration conjointe est décevante; elle est vide, endormante et partiellement mensongère quant au déroulement des événements, des raisons invoquées  et du contexte qui semble s’en dégager, selon les témoignages des proches. Les raisons alléguées diffèrent des premières explications et les peurs évoquées nous apparaissent grandement exagérées. Quand les auteurs suggèrent «qu’il n’y a pas lieu s’inquiéter…», il me semble qu’on veut dévier du vrai problème… Cette décision, en plus de boycotter la campagne de cet automne, (les délais occasionnés ont fait en sorte que la campagne arriverait dans les paroisses trop tard, à peine avant la préparation de l’Avent…) a fait clairement comprendre aux membres que Développement et Paix doit  «se ranger pour ne plus déranger…» Développement et Paix n’a plus un rôle prophétique à jouer! De plus, la responsabilité antérieurement confiée aux laïcs leur est retirée. Ce qui était craint par plusieurs, depuis la formation d’un comité permanent de six évêques, se confirme comme une mise en tutelle de l’organisme. Désormais, le contenu est censuré, sans explication, sans dialogue.

Toute la structure démocratique qui avait été élaborée à Développement et Paix pour une application réelle et similaire à ce que l’on souhaite pour nos partenaires du Sud a été court-circuitée. L’autorité a mis un frein par la force… avec finalement l’acceptation de l’autorité de notre organisme! La volonté de la majorité des personnes déléguées aux Assemblées régionales, approuvée par le Conseil national, a été ignorée, délaissée. Faire connaître au public les conséquences du revirement majeur de la politique canadienne d’aide publique aux pays en développement et faire pression sur le gouvernement correspondaient aux propositions formulées démocratiquement par les membres. Ce type de campagne a été délibérément abandonné pour favoriser une droite religieuse qui est loin de représenter l’orientation de la majorité des évêques.

Cette peur de division chez «les évêques, les prêtres, les paroissiens et les bienfaiteurs» (on devrait lire quelques évêques, peut-être quelques prêtres ?), ne correspond pas à la perception qu’ont les membres engagés, tout au moins au Québec. Dans plusieurs organismes, un tel signe de division serait interprété comme un besoin de clarification et d’appropriation de la mission et, en l’occurrence de la doctrine sociale de l’Église par ces personnes. Un fonctionnement plus collégial aurait certainement été bénéfique pour la CECC et pour Développement et Paix. Dans ce contexte, l’inaction creuse un vide mortifère…

Ainsi, notre Église se range derrière la nouvelle politique de M. Harper et son gouvernement de droite. Silencieusement, implicitement, sans réaction manifeste, nous approuvons donc cette politique et ces millions de dollars transférés à de nouveaux organismes, dont certaines compagnies minières reconnues pour bafouer les droits de la personne et l’environnement … Du même coup, les réseaux de partenaires du Sud, montés au fil des décennies sont laissés pour compte… C’est très triste.

Chers membres de Développement et Paix, notre organisme vit une bien difficile situation. C’est triste, pas vraiment pour l’organisme qui n’a de valeur que par sa mission, mais surtout pour les partenaires et les communautés du Sud.  Évidemment, Développement et Paix aurait pu jouer un rôle important au Nord, dans l’éducation populaire puisque le gouvernement canadien y a aussi retiré son soutien… Plus que jamais, dans un monde dont le développement est dicté par les règles du néolibéralisme, cette dimension aurait pu faire une différence pour notre avenir citoyen et communautaire!

Par ailleurs, on ne peut pas ignorer les nombreux «missionnaires», permanents et bénévoles qui se sont investis sans compter pendant des années… tout cela anéanti par une simple décision… politique? En cette année de la FOI, pour de si nombreuses personnes engagées au nom d’une foi agissante, c’est une bien difficile épreuve!

Richard Beaucher,

Président du Conseil diocésain, Sherbrooke.

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