En passant

Document d’ac…

Document d’accompagnement de la proposition 5 de l’Assemblée
générale extraordinaire du syndicat des employés de Développement
et Paix du 14 avril 2012.
(English version)

Développement et Paix est à un moment crucial de son histoire. Des décisions majeures seront prises à la rencontre du Conseil national de juin prochain. Nous souhaitons que ce message contribue à vous permettre de faire une réflexion éclairée sur ces décisions et à agir pendant qu’il est encore temps.

Comment Développement et Paix doit s’adapter à un nouvel environnement alors que les structures sociales, politiques et économiques mondiales sont toujours aussi injustes et la poursuite de notre mission originale reste toujours justifiée? Pour notre part, nous croyons que conformément à sa mission, le cœur de l’action de Développement et Paix au Sud doit demeurer la justice sociale, et cela doit se traduire dans les choix budgétaires, l’allocation des ressources et dans l’image de l’organisation.

Dans notre nouvel environnement, les organisations dont la mission centrale est la justice sociale dérangent, on veut les faire taire, les réorienter ou les détruire. C’est ainsi que depuis 2009, Développement et Paix subit des attaques – sur de fausses allégations, et qu’en 2012, le gouvernement canadien a décidé de couper le financement public de notre organisation de 65 %.

Pour faire face à cet environnement hostile aux organisations qui œuvrent pour la justice sociale, depuis 2009, les responsables de Développement et Paix, soit la direction générale et le comité exécutif de l’organisation, ont choisi la stratégie du silence, de ne pas faire de vagues, de ne pas risquer de froisser le gouvernement, ils ont refusé de lancer des campagnes de communication et de mobilisation pour défendre et promouvoir l’organisation. Dans sa présentation au Conseil national de juin 2010, après des attaques contre Développement et Paix et juste avant le dépôt de la
demande de financement à l’ACDI, le syndicat lançait un appel : « Nous croyons que dans ce contexte, il faut lancer des initiatives de mobilisation de grande envergure, toutes les forces vives de D&P qui sont ses membres, ses partenaires dans le Sud et ses employés, tous doivent être mis à contribution pour faire valoir la pertinence du travail de D&P, faire entendre notre voix, nous ne devons plus accepter le silence comme stratégie. » Cet appel a été ignoré.

Maintenant que la coupure du financement public de Développement et Paix est confirmée, on attend toujours que les responsables de Développement et Paix mobilisent les forces pour dénoncer le virage actuel dans l’aide canadienne au développement. Mais persistant dans la même logique de
repli, les responsables de l’organisation proposent maintenant un processus de restructuration qui réduira le personnel et partant, les capacités de mise en œuvre de campagnes de mobilisation au Canada.

Nous sommes d’accord avec le contenu de la lettre de 3 anciens directeurs généraux de Développement et Paix. « Ce qui se profile à l’horizon laisse présager une désaffection du member-ship actif, une perte de dynamisme du personnel et des membres dans le travail d’éducation du public
canadien 1»

Les employés syndiqués de Développement et Paix déplorent cette stratégie du silence qui n’est pas conforme à la mission de l’organisation. Voila pourquoi, en assemblée générale, les employés syndiqués ont adopté à l’unanimité une proposition alternative à celle de la direction actuelle pour
faire face à la situation, une proposition pour une relance et une régénération de l’organisation. Nous proposons une année de transition, pour permettre aux membres de l’organisation et aux employés de réfléchir ensemble à de nouvelles approches et à de nouvelles synergies et pour lancer rapidement de nouvelles initiatives de communication, de mobilisation et de levée de fonds. Le coût de notre proposition alternative est de 1,2 M$ plus élevée que celle de la direction, elle est faisable si on considère les montants disponibles dans différents fonds de réserve à Développement et Paix (11 M$ au 1er septembre 2011, dont plus de 6 M$ dans un fonds non affecté).

1. Protéger la mission de Développement et Paix

Une des conséquences les plus néfastes des coupures dans le financement public des organisations de coopération internationale est que certaines d’entre elles changent leurs orientations et leurs pratiques en invoquant des raisons de survie économique. Certaines ONG canadiennes ont déjà
accepté de travailler en collaboration avec des entreprises extractives, qui, nous le savons, sont beaucoup plus préoccupées par leur profit que par l’appui au développement. D’autres pensent se tourner de plus en plus vers les secours d’urgence qui génèrent plus de recettes que les campagnes d’éducation civique. Des ONG canadiennes se spécialisent dans ces appels pour les secours
d’urgence, jusqu’à mener des campagnes à caractère émotif sans respect de la dignité des victimes des crises humanitaires.

Chez le personnel syndiqué, la question de la place des secours d’urgence au sein de DP soulève beaucoup de questions. Avec la multiplication des crises humanitaires et avec la coupure de notre financement par le gouvernement comment s’assurer que Développement et Paix ne se transforme
pas en une organisation d’abord centrée sur les secours d’urgence?

On a déjà réduit et on devra couper encore le financement de dizaines d’anciens partenaires, y compris des groupes de l’Église, qui luttent pour la justice économique, pour le respect des droits humains, pour la protection de leur terre et de leur eau, etc. D’un autre côté, on garde toujours une réserve (10% du Carême de Partage) pour financer des secours d’urgence dans des pays où nous n’avons ni partenaires ni stratégie de développement. Dans le contexte actuel, où nous recevons spontanément des dons importants lors des grandes crises humanitaires avec lesquels nous pouvons engager un intéressant continuum d’appui – secours d’urgence, reconstruction et développement, comme nous l’avons fait après le tremblement de terre en Haïti, l’ouragan Mitch, le Tsunami en Indonésie, le génocide au Rwanda, ne pourrait-on pas réaffecter la totalité des dons du Carême de Partage à nos partenaires du programme régulier? On pourrait utiliser cette réserve de 10% des fonds du Carême pour le soutien aux activités de promotion de la doctrine sociale de l’Église par nos partenaires des pays du Sud. Si nous devons absolument maintenir un fonds général de secours d’urgence, ne pourrait-on couper ce fonds dans les mêmes proportions que le fonds destiné au
programme régulier de justice sociale?

1

Lettre à Ronald Breau, président de Développement et paix, 11 novembre 2011, par 3 anciens directeurs généraux de D&P. Jacques Champagne, directeur général (1973-1988), Gabrielle Lachance, directrice générale (1988-1996), Fabien Leboeuf, directeur général (1996-2001).

Par conséquent, nous demandons aux membres de notre organisation de réaffirmer la mission de Développement et Paix.

Devons-nous rester fidèles à la mission de justice sociale et continuer à soutenir des groupes qui mettent de l’avant des alternatives aux structures sociales, politiques et économiques injustes ? (même avec des ressources moindres).
2. Mouvement mobilisé ou institution?

La mission de Développement et Paix au Canada est de sensibiliser les Canadiens aux causes de la pauvreté et du mal-développement dans le monde et de mobiliser les membres pour que des choses changent. Développement et Paix a mené des campagnes exemplaires d’éducation sur des enjeux majeurs, elle a été active au sein de coalitions et de mouvements sociaux d’ici et a mobilisé des centaines de milliers de Canadiens dans des actions pour des changements. Développement et Paix a déjà exercé un leadership au sein de la société canadienne et été la voix des groupes réprimés et menacés au Sud.

Nous avons vu depuis quelques années que le gouvernement s’est lancé dans un travail de sape de la société civile canadienne ; le gouvernement ne finance pas ou coupe les organisations qui critiquent ses politiques. Toutefois, le travail de conscientisation et de mobilisation des Canadiens est l’autre part essentielle de la mission de l’organisation. Les partenaires et les employés l’ont réaffirmé fortement. Le temps est venu d’établir des liens avec d’autres organisations progressistes dont le travail a été affaibli par le gouvernement canadien et de travailler ensemble pour promouvoir la cause de la justice sociale au Canada.

Nous demandons aux membres lors des Assemblées régionales de réaffirmer la mission prophétique de Développement et Paix qui inclut la mobilisation des membres, la communication, les campagnes d’éducation et de levée de fonds autour des questions de justice sociale et l’établissement d’alliances avec des groupes sociaux qui partagent nos valeurs?

Conclusion

Nous, employés syndiqués, croyons à la démocratie à Développement et Paix et ne voulons pas nous substituer aux membres dans la prise de décision au sein de l’organisation. Nous demandons aux membres de se prononcer sur l’avenir de Développement et Paix lors des assemblées régionales d’avril et de mai 2012 et d’indiquer clairement les orientations que doit suivre l’organisation, tant pour son travail au Canada que dans le Sud.

Développement et Paix nous tient à cœur, voilà pourquoi nous vous soumettons respectueusement notre proposition (la proposition 5 adoptée à notre Assemblée générale du 14 avril 2012) et nous souhaitons vivement qu’on vous permette d’en discuter, tout autant que de la proposition de la direction.

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