En passant

Prise de position de trois ex-DG de DP

PRISE DE POSITION DE TROIS EX-DG ET DP

 

Le 11 novembre 2011

M. Ronald Breau, président

Développement et Paix

1425, boul. René-Lévesque Ouest

Montréal (Québec)

Canada H3G 1T7

 

Objet : Rencontre du 19 octobre 2011, votre lettre d’invitation à cette rencontre, et votre lettre du 25 octobre 2011 adressée au conseil national et au personnel

Cher Monsieur Breau,

Nous avons bien reçu, par l’entremise de M. Michael Casey, directeur général, la copie de votre lettre du 25 octobre adressée à tous les membres du conseil national et du personnel de

Développement et Paix. Nous vous en remercions.

Nous vous remercions également de nous avoir invités à vous rencontrer le 19 octobre, vous-même ainsi que M. Michel Denis, vice-président du conseil national, M. Michael Casey, directeur général et Mme Josianne Gauthier, directrice générale adjointe. Cette réunion informelle, franche et chaleureuse, nous a permis d’échanger nos points de vue, différents, sur les récentes décisions de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) relatives à Développement et Paix et aux événements ayant conduit à ces décisions.

Votre lettre d’invitation à cette rencontre mentionnait deux sujets dont vous désiriez nous entretenir :

–         d’abord, du fait que nous ayons contourné les protocoles de communication en place, aussi bien en communiquant directement avec les membres du conseil national qu’en nous adressant à la présidente du syndicat des employé(e)s de Développement et Paix pour rejoindre le personnel.

–         en second lieu, de nos points de vue respectifs sur les relations entre Développement et Paix et la CECC et sur le sens des décisions de la CECC.

Permettez-nous d’abord de préciser que, si nous avons communiqué directement avec les membres du conseil national, c’était parce que notre lettre du mois de juin ne leur avait pas été distribuée, qu’on ne les avait pas informés de cette lettre, et que celle-ci n’avait pas fait l’objet d’un accusé de réception. Pour des raisons similaires, nous avons voulu communiquer directement avec le personnel, mais il fut impossible d’obtenir la liste des employé(e)s autrement que par l’intermédiaire du syndicat. D’ailleurs, lors de la rencontre du 19 octobre, M. Casey a déclaré en avoir parlé à Mme Sinclair et il a bien expliqué que celle-ci avait accepté de relayer nos documents non pas à titre de présidente du syndicat, mais d’employée à qui des ex-directeurs généraux et directrice générale de Développement et Paix et encore membres de l’organisation demandaient un service.

Soulignons ici que nos actions, celle de juin comme celle d’octobre, s’adressaient à la CECC pour lui demander d’abolir les mesures de contrôle de Développement et Paix et d’atteinte à sa gouvernance, comme à sa nature et à sa mission, de faire confiance à un organisme qui s’était toujours montré digne de cette confiance, et de ne pas réduire l’enseignement social de l’Église à Caritas in veritate. Nous avons mené ces actions en appui à Développement et Paix le plus largement possible.

Lors de la rencontre du 19 octobre, nous avons aussi échangé nos points de vue respectifs sur les décisions de la CECC concernant Développement et Paix.

Vous-même avez exposé comment le conseil national et la direction de Développement et Paix avaient le souci de sauvegarder l’autonomie de Développement et Paix ainsi que la place et le rôle des laïcs pour témoigner des valeurs chrétiennes dans le monde ; comment Développement et Paix devait et désirait entretenir un franc dialogue avec la CECC; comment dans cette perspective le Comité permanent pour Développement et Paix créé par la CECC était selon vous un mécanisme positif et efficace de dialogue avec la CECC; et comment vous vouliez aussi vous assurer de continuer à recevoir l’argent des paroisses et des diocèses pour poursuivre le travail de justice sociale de Développement et Paix, et maintenir le soutien à ses partenaires dans le Sud de même que son travail d’éducation au Canada.

Au cours des échanges, les représentants de Développement et Paix ont aussi évoqué le fait qu’il y avait au sein même de Développement et Paix des membres partageant les inquiétudes de LifeSiteNews et des évêques; cela crée une dynamique nouvelle dont il vous faut tenir compte.

Pour notre part, sans reprendre en détail le contenu des documents que nous vous avions fait parvenir, nous avons réaffirmé notre conviction que les décisions de la CECC, en particulier la création du Comité permanent et son mandat, le retrait des deux évêques du conseil national, la surveillance « régulière » des activités de Développement et Paix pour s’assurer de leur «conformité avec l’enseignement de l’Église », les rapports réguliers sur les projets en cours et sur les partenaires actuels et futurs, et la nécessité d’inclure les évêques du Sud dans le choix des programmes et partenaires de Développement et Paix:

sont de fait des mesures de contrôle et de quasi-tutelle de l’organisme*;

– constituent un désaveu de Développement et Paix et un geste de non-confiance;

– rendront difficiles l’élaboration et la mise en oeuvre de programmes de développement intégrés et professionnels;

– sont comme la mise au rancart du modèle d’Église-peuple-de-Dieu proposé par Vatican II et ayant présidé à la création Développement et Paix;

– reviennent à renoncer à la pédagogie pastorale prônée par Ia CECC elle-même au début des années 1980 pour s’engager dans la réalisation de la justice sociale aux côtés et en solidarité avec les groupes communautaires et les mouvements sociaux.

Par ailleurs, l’insistance de la CECC sur la seule encyclique Caritas in veritate, replacée dans le contexte plus global de gestes récents du Vatican, conduit à notre avis à un rétrécissement et à un appauvrissement de l’enseignement social de l’Église.

Au chapitre des suggestions d’action, n’étant pas plongés au coeur de la situation et n’en possédant donc pas tous les tenants et aboutissants, nous n’avons pu proposer que quelques pistes à explorer, entre autres :

concernant l’enseignement social de l’Élise,

– utiliser au maximum les ressources du comité consultatif de théologie du CN; contribuer au développement d’une bonne expertise à Développement et Paix en enseignement social de l’Église, en faire un sujet d’éducation des membres et du personnel de Développement et Paix, et contribuer à le faire connaître dans l’Église catholique canadienne (l’activité éducative de Développement et Paix devrait intégrer tout l’enseignement social de l’Église et non seulement l’encyclique du pape Benoît XVI); avoir recours au Canada aux ressources théologiques des partenaires et d’autres personnes et groupes du Sud;

dans le dialogue avec la CECC,

– défendre avec courage et détermination les positions traditionnelles de Développement et Paix;

– offrir une résistance, polie mais ferme, aux mesures de non-confiance et de contrôle définies dans le mandat du Comité permanent ;

– chercher en particulier et de toutes les manières possibles à faire revoir le mandat du Comité permanent de la CECC.

Vous reveniez de l’Assemblée plénière de la CECC et vous nous avez parlé brièvement d’échanges informels que vous aviez eus avec des évêques au sujet de Développement et Paix.

Cependant, comme la discussion de la CECC à propos de l’organisme avait lieu à huis clos le jour même de notre rencontre, il vous était évidemment impossible de nous communiquer les conclusions auxquelles la CECC pourrait éventuellement parvenir.

Notre rencontre du 19 octobre n’a pas mené à des conclusions précises. Vous nous avez remerciés de nos interventions et avez exprimé une ouverture au dialogue, si nous le souhaitions; nous avons réaffirmé notre soutien à Développement et Paix et vous avons souhaité du succès dans votre dialogue avec la CECC. Nous avons précisé gue nous n’avions pas l’intention présentement d’entreprendre de nouvelles actions, sauf si l’évolution de la situation nous y invitait. En effet, à titre d’ex-directeurs généraux et directrice générale, nous avions à coeur de témoigner de l’histoire de Développement et Paix, de partager notre lecture des événements et de contribuer par ce moyen à préserver les capacités d’un exceptionnel organisme de lutte contre la pauvreté et de promotion de la justice et de la paix dans le monde. Ce but nous semble atteint.

Nous n’avons aucune information sur les discussions à huis clos de la CECC à propos de Développement et Paix. Nous avons pris connaissance des entrevues livrées par Mgr Richard Smith, nouveau président de la CECC, et par Mgr Frederick Henry, membre du Comité permanent pour Développement et Paix; elles indiquent clairement que la CECC entend ne rien changer aux mesures déjà adoptées. Nous ne pouvons que le regretter profondément.

Nous apprécierions que vous fassiez parvenir notre présente lettre aux membres du conseil national et au personnel de Développement et Paix.

Nous vous redisons notre entière solidarité dans le difficile défi auquel Développement et Paix est aujourd’hui confronté, et vous prions d’accepter nos meilleures salutations.

Jacques Champagne, directeur général (1973-1988)

Gabrielle Lachance, directrice générale (1988-1996)

Fabien Leboeuf, directeur général (1996-200 1)

Par : Gabrielle Lachance

\

Délégation consentie par conférence téléphonique.

c.c. Michael Casey, directeur général

* La CECC ne peut pas modifier de son propre chef la charte, la constitution, les statuts et les règlements de Développement et Paix. Ils appartiennent pleinement au conseil national se réunissant, une fois par année, en « assemblée de compagnie ». Seule cette instance peut modifier la gouvernance de Développement et Paix. Ainsi, par exemple, la CECC peut ne pas combler les deux postes qui lui sont réservés au sein du conseil national, mais elle ne peut pas les abolir. Elle voudra possiblement obtenir la révision de la constitution, mais Développement et Paix devra y consentir. C’est pourquoi le mandat du Comité permanent dit qu’il « conseille I’OCCDP dans la révision de ses règlements ». Pour les mêmes raisons, la CECC ne peut pas, à proprement parler, mettre Développement et Paix en tutelle; mais pour

arriver à ses fins, elle peut au besoin exercer de fortes pressions politiques, morales et financières : par exemple, affaiblir la légitimité de Développement et Paix en ne le reconnaissant plus comme organisme officiel de l’Église catholique canadienne, ou encore l’asphyxier en ne réalisant pas le Carême de partage dans les paroisses ou en retenant l’argent dans les paroisses et les diocèses.

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