Rapport – Un moment de grâce

Afin de soutenir la discussion, nous reproduisons ci-dessous le Rapport définitif du groupe de travail de D et P concernant les allégations de certains sites web. Publié en novembre 2010. (English version, click here)

« … un moment de grâce »
Rapport définitif du Groupe de travail

Novembre 2010

 

Bref historique

En réponse aux attaques du site Internet LifeSiteNews.com (LSN) en mars 2009, le Conseil national de D&P a créé un « Groupe de travail » composé de membres du conseil national – avec l’aide de notre propre Comité de réflexion théologique – chargé d’élaborer une stratégie de réponse globale (à la fois réactive et proactive) à des fins de discussion et de ratification. Il fallait absolument agir sans délai, car la controverse avait pour effet de mobiliser les sympathisants de la cause pro-vie à l’échelle nationale et internationale. Ces derniers demandaient que la CECC « nettoie » D&P. Dans divers diocèses, plusieurs personnes ont communiqué directement avec l’évêque en exigeant que la collecte du Carême de partage soit retenue en raison de ces allégations. Certains de nos propres membres et donateurs de D&P ont été approchés, et nos partenaires dans plusieurs pays ont été pris de court par ces allégations.

La cible de l’attaque de LSN était notre soutien à cinq partenaires au Mexique dont on alléguait qu’ils étaient des militants pro-avortement. Devant la controverse, D&P a collaboré étroitement avec la CECC en appuyant la suggestion de créer une Commission d’enquête (dirigée par l’archevêque Martin W. Currie et l’évêque François Lapierre) qui se rendrait au Mexique en avril afin de consulter la Conférence épiscopale mexicaine et les cinq partenaires mexicains de D&P impliqués dans la controverse, et de déterminer la réponse adéquate à la situation. Le rapport de la Commission daté du 29 juin 2009 lève toutes les accusations contre D&P et formule quelques recommandations visant à régler les préoccupations qui ont surgi autour de cette controverse.

Si, dans l’ensemble, les dirigeants et la plupart des évêques canadiens appuient D&P, plusieurs évêques ont exprimé des inquiétudes au sujet du mandat ou de l’orientation de notre organisation et de notre financement. Avec tout le respect que nous devons à ces évêques et à ces avis divergents, il est clair que si ce point de vue venait à se répandre, D&P serait changé du tout au tout.

En juin 2009, Pat Hogan, le président du conseil national, et Michael Casey, le directeur général, ont rencontré le comité exécutif du Conseil permanent de la CECC au cours de la réunion annuelle obligatoire. Cette réunion a permis de déceler un certain nombre d’enjeux méritant des éclaircissements et on a convenu d’un échéancier pour le dialogue.

Tout au long des mois de l’été 2009, un travail considérable a été abattu en discussions internes, lors des réunions périodiques du Groupe de travail et du comité de réflexion théologique par téléconférence visant à peaufiner les recommandations possibles à l’étude. Un certain nombre de réunions importantes ont également eu lieu durant l’été dans le but de faciliter et d’améliorer nos relations avec les évêques.

À la mi-juillet, Pat Hogan, Michael Casey et Sylvia Skrepichuk, membre du conseil national, ont rencontré l’archevêque Thomas Collins (archevêque de Toronto) et des membres du conseil d’administration de ShareLife concernant la collecte de ShareLife. Lors de cette réunion, il a été convenu que ShareLife et D&P collaboreraient à la préparation d’une proposition pour l’attribution de la collecte 2009.

Le 8 septembre 2009, le directeur général a rencontré le comité exécutif de la CECC pour faire le point sur l’état d’avancement des travaux de nos comités et discuter des préparatifs de la plénière annuelle d’octobre.

Du 19 au 23 octobre 2009, la Conférence des évêques catholiques du Canada s’est réunie en plénière pour sa réunion annuelle d’une semaine à Cornwall, en Ontario. Un des points à l’ordre du jour était Développement et Paix et notre évolution depuis le début de la controverse. Pat Hogan et Michael Casey ont été invités à assister à la plénière de la CECC à titre d’observateurs. Le Groupe de travail a préparé des notes de discussion pour aider nos évêques représentants à répondre aux questions possibles des évêques rassemblés.

Les constats et les recommandations de la Commission d’enquête peuvent être regroupés autour de quatre grandes questions :

  1. Relations de D&P avec nos partenaires
  2. Relations de D&P avec les évêques ou les conférences épiscopales dans le Sud
  3. Relations de D&P avec la CECC et notre mandat
  4. Réflexions internes et formation à D&P.

 

A.   Relations avec nos partenaires

L’importance de cet enjeu est évoquée dans les résultats de la Commission d’enquête des évêques. Le rapport de la commission commentait « … les actions imprudentes de nos partenaires (mexicains) » et « la nécessité d’une vigilance accrue dans l’étude des demandes d’aide financière; et (que D&P soit) plus exigeant pour ce qui est de recevoir de l’information de partenaires éventuels ».

Lors de la réunion du Conseil permanent de la CECC les 17 et 18 juin, les évêques ont insisté sur l’importance de « … déterminer si des partenaires de D&P avaient été impliqués dans des activités contraires aux enseignements de l’Église, et la nécessité pour D&P de se doter de critères fondés sur des principes moraux en matière de collaboration. Les protocoles de financement de D&P doivent donc être sans équivoque, qu’il s’agisse d’appuyer des projets précis ou l’ensemble des activités d’un partenaire donné ».

L’archevêque Collins a lui aussi évoqué ce problème dans une lettre adressée à D&P le 24 juillet 2009 : « … Il ne suffit pas d’examiner l’adéquation de projets individuels. Les organismes qui administrent ces projets doivent aussi être en harmonie avec les principes de notre foi catholique. S’ils ne le sont pas, alors il y a suffisamment d’autres projets valables administrés par des organisations auxquelles nous pouvons en toute conscience accorder notre appui, et c’est à elles que le soutien financier devrait être accordé. »

La Commission d’enquête a noté que D&P adhère à l’enseignement catholique sur le caractère sacré de toute vie humaine. D&P ne finance pas de projets qui soutiennent ou promeuvent l’avortement. D&P fournit une aide financière pour des projets précis approuvés de façon distincte, visant à soutenir des projets de développement durable avec des organismes communautaires de la base.

Le contexte dans lequel D&P fonctionne maintenant a beaucoup évolué par rapport à celui qui a présidé à la création de l’organisme en 1967. Il est temps pour D&P de revoir ses modes de fonctionnement. Néanmoins, nos principes fondamentaux, l’option préférentielle pour les pauvres et l’adhésion aux valeurs de l’Évangile, demeurent le fondement de notre raison d’être. Notre document : Principes de base et orientation (novembre 1982) établit notre orientation théologique de base.

… Développement et Paix, dans son objectif de coopération au développement, ne souhaite faire aucune distinction entre les bénéficiaires de cette coopération. Dès le départ, donc, on a voulu que l’organisation « se mette au service de tous les hommes, sans distinction de race, de croyance ou d’idéologie ». L’expérience de Développement et Paix a confirmé ce souhait qui a été réaffirmé par la consultation nationale.

… L’appui de Développement et Paix… est destiné aux personnes à la base, quel que soit le système économique ou politique dans lequel elles vivent. Développement et Paix n’agit au nom d’aucune idéologie politique, ni en défense, ni dans la promotion des systèmes ou des régimes mais en réponse au droit des peuples au développement, aux demandes de l’Évangile dans une perspective de solidarité.

… Les critères de sélection des projets… Le développement inclut des projets, des efforts et des initiatives des peuples et des groupes à la base visant à améliorer leurs conditions de vie dans un secteur qui leur apparaît comme prioritaire (santé, agriculture, formation, production, etc.) et qui veulent ainsi prendre en mains leur destin individuel et social.

À l’heure actuelle, en ce qui concerne notre mission et notre mandat, D&P peut compter sur les compétences de professionnels hautement qualifiés, y compris les chargés de projets qui connaissent intimement leurs domaines de responsabilité. Cette connaissance s’acquiert par des visites et des consultations régulières sur place avec des partenaires et des projets. La collaboration de D&P avec nos collègues de CIDSE et de CARITAS nous permet de soutenir des partenaires et des projets qui partagent nos valeurs et notre approche au développement.

Voici quelques recommandations du Groupe de travail visant à répondre et à remédier aux préoccupations des évêques :

Recommandation no 1

Procéder à un examen systématique de tous les partenariats et projets que nous finançons qui sont toujours actifs, en vue de déceler toute question pouvant prêter à controverse. Un exemple en serait l’affichage public/un hyperlien/le plaidoyer sur la page d’accueil du site Internet d’un partenaire, ou le fait pour un organisme partenaire de signer un document public qui souscrit clairement et directement à une position sur une question précise contraire à l’enseignement de l’Église, ou le fait de s’opposer publiquement à la position officielle de la Conférence épiscopale catholique du pays.

Note : Un examen pourrait commencer par, sans s’y limiter :

    • Des projets ou des partenaires qui possèdent un site Internet;
    • Des projets et partenaires qui traitent spécifiquement de la promotion des femmes en général, ou des problèmes de santé ou les problèmes juridiques particuliers aux jeunes filles et aux femmes.

Recommandation no 2

Réarticuler et peaufiner notre processus de sélection de partenaires (règles d’engagement) – pas tellement en ce qui concerne « nos propres » projets –, mais plutôt d’autres initiatives et alliances de plaidoyer de nos partenaires qui pourraient éventuellement les placer en désaccord avec l’enseignement de l’Église, et nous placer par conséquent en position de conflit par association. Dans un examen plus attentif, l’accord avec les partenaires contiendrait un « Protocole d’entente » (ou « Énoncé de transparence ») de D&P indiquant les questions « moralement délicates » que nous avons en tant qu’organisme de financement catholique, de même qu’un « Protocole de divulgation volontaire » de nos partenaires concernant leur participation dans d’autres activités que D&P décrit dans notre Protocole d’entente sur les questions « moralement délicates ».

De plus, élaborer un énoncé standard, notre Document regroupant les critères des principes moraux d’une collaboration légitime – dans le cadre de notre accord de fonctionnement –informant nos partenaires des valeurs que nous défendons, particulièrement sur les questions délicates sur le plan éthique… [p. ex. l’avortement, le VIH/Sida, des questions ayant des ramifications avec le terrorisme, la corruption, etc.]. Cela ne signifie pas que nous nous attendons à ce que nos partenaires embrassent des valeurs semblables dans un monde pluraliste, mais que dans notre partenariat, nous communiquons ouvertement et honnêtement sur les questions d’importance pour chacune des parties.

Recommandation no 3

Articuler un processus de discernement qui est équitable et respectueux de nos partenaires lorsqu’il se présente des questions préoccupantes et préparer une « stratégie de sortie » qui permette de mettre fin à un partenariat.

Recommandation no 4

Réviser et mettre à jour nos procédures de sélection des nouveaux partenaires et des nouveaux projets que nous prenons en considération dès le départ. Il peut être judicieux d’envisager des améliorations à nos procédures. En particulier, il faut envisager d’intensifier le rôle de nos CDI (comités de développement international) afin de conférer au conseil national (avec les experts invités y compris des théologiens éthiques) un rôle participatif dans le processus de discernement de l’examen de nos partenaires et projets. Quelle que soit la formule retenue, il serait souhaitable d’intégrer nos évêques dans un rôle-conseil ou consultatif. Cette consultation se ferait sur une base spéciale – sur demande – dans les cas qui peuvent présenter des difficultés  comme il est précisé à la recommandation no 1 ci-dessus.

Recommandation no 5

Examiner et améliorer nos procédures de suivi des partenaires actuels par les chargés de projet pendant leurs visites régulières sur le terrain; p. ex. inclure une « visite de courtoisie » de l’évêque local (un exercice de consolidation des relations), un examen minutieux du site Internet local et l’observation des pratiques de facto.

Recommandation no 6

Être au courant des sites Internet de chacun de nos partenaires et projets dans les pays du Sud et au Canada, et en surveiller le contenu ou la présence de liens qui pourraient mener (par association) à de fausses accusations portées contre D&P. Les sites Internet semblent être le principal moyen de collecte d’information facilement accessible par ceux qui s’attaquent à notre organisation. Ces individus NE font PAS de visite « sur place » ni d’inspection en personne, et N’interviewent PAS nos partenaires ni n’ont de contact direct avec eux. En effet, il est évident qu’ils ne comprennent pas bien nos partenaires, les projets que nous appuyons ou le mandat plus général de Développement et Paix.

En conclusion, l’examen systématique et périodique des sites Internet de tous nos partenaires pourrait être fait par certains membres (ou anciens membres) du conseil national, y compris des membres du CDI, qui seraient disposés à entreprendre un tel examen. Nous ne pensons pas devoir ajouter à la charge de travail déjà très lourde des chargés de projet. Cette avenue pourrait assurer la surveillance du contenu de chacun des sites Internet de nos partenaires et des projets ou de la présence d’hyperliens qui pourraient mener (par association) à de fausses allégations portées contre nous.

 

B : Relations avec les évêques/conférences épiscopales dans les pays du Sud

Encore une fois, la Commission d’enquête aborde la question. On peut lire dans son rapport « … que D&P favorise de bonnes relations avec les évêques… tout en travaillant étroitement avec Caritas Internationalis. Nous regrettons que les organismes mexicains n’aient que peu ou pas de relations avec la conférence épiscopale de leur pays… »

Au Mexique, on a observé que les représentants de la Conférence épiscopale mexicaine ne semblaient pas avoir d’étroites relations avec les ONG en général, et semblaient même méfiants à l’égard du travail de toutes les ONG au Mexique, et également ce qui a semblé être des différences entre l’approche des ordres religieux mexicains comme les Jésuites et les Dominicains (et celle de la Conférence épiscopale mexicaine).

Lors de sa réunion de juin, la CECC, dans son examen de la controverse, a cité les points suivants. Premièrement, « … D&P devrait chercher à établir de bonnes relations et de bonnes communications avec les évêques locaux. Deuxièmement, D&P doit continuer à consulter… Caritas Internationalis et CIDSE. »

Sur le même sujet, la position de l’archevêque Collins était la suivante : « … Nous devons toujours agir de concert avec les évêques locaux qui sont responsables de l’Église dans les pays éloignés. C’est une question de courtoisie élémentaire et de structure ecclésiale. Les évêques sur place sont également à même de vérifier que les organismes dans leur pays sont des partenaires convenables et n’appuient rien qui soit contraire à notre foi. Les projets que nous finançons doivent avoir, d’une manière ou d’une autre, l’approbation de l’évêque local ou de la conférence épiscopale. »

La CECC a noté : « … il n’est pas toujours facile pour D&P, lorsqu’il travaille dans un autre pays, de rencontrer l’évêque dans son diocèse. De plus, les évêques ne sont pas toujours familiarisés avec, et parfois n’apprécient pas, les groupes à la base qui cherchent à obtenir une aide financière de D&P, car les autorités ecclésiales recherchent naturellement la stabilité, tandis que les groupes de défense des droits humains cherchent à changer les choses. » En quelque sorte, la visite au Mexique « … peut avoir joué un rôle providentiel pour ce qui est de contribuer à inciter la Conférence épiscopale mexicaine et les ONG mexicaines à nouer de meilleures relations ». L’affirmation que D&P « … ne semble pas être bien connu de la Conférence épiscopale mexicaine », soulève en soi une question qui doit être abordée, « et la situation pourrait être la même dans d’autres pays ».

À l’heure actuelle, nous avons beaucoup de projets dont des évêques sont partenaires ou qui sont commandités par la conférence épiscopale locale, p. ex., D&P collabore depuis plus de 20 ans avec la Commission épiscopale pour l’action sociale au Pérou. D’autre part, il est vrai qu’actuellement, nous N’avons PAS de protocole uniforme qui prévoie une visite de courtoisie à l’évêque local ou, en son absence, à son délégué.

Encore une fois, le Groupe de travail propose les recommandations suivantes sur cette question.

Recommandation no 7

Mettre en œuvre immédiatement un protocole d’établissement de liens dans les pays où nous avons des partenaires et des projets; et maintenir des liens continus avec les évêques locaux individuels. Ces rapports pourraient assurer une liaison valable au niveau local qui serait utile à D&P et à la CECC; la CECC se dit prête à nous aider à établir ces contacts; il a également été proposé d’accorder plus de visibilité à cette relation avec les conférences épiscopales (p. ex., dans les rapports et les publications de D&P et sur notre site Internet).

Note : nous NE croyons PAS que les conférences épiscopales ou des évêques individuels disposeraient d’un droit de veto, d’un « mécanisme d’approbation » ou d’un rôle de « revue externe » ou de « surveillance » de nos projets. La responsabilité doit se situer au sein de D&P qui est lui-même responsable envers la CECC, nos membres, nos donateurs et l’ACDI. Cela dit, on convient que les évêques du Sud peuvent constituer une précieuse source d’information locale et apporter une perspective unique sur les partenaires et les projets afin de transmettre toute préoccupation aux chargés de projet.

Recommandation no 8

Renforcer et publiciser nos relations avec Caritas Internationalis et nos organisations catholiques sœurs autour du monde (nos homologues au sein de CIDSE – Misereor, Trocaire, CAFOD, CRS, etc.). Leur expérience pour ce qui est d’aborder des questions semblables à la controverse que nous avons vécue pourrait nous aider à rester au fait des « pratiques exemplaires » dans l’exercice de notre ministère commun.


C. Relations de D&P avec la CECC et notre mandat

Dans son rapport, la Commission d’enquête a évoqué cette question : « … Reconnaissant les bonnes relations et communications qui existent déjà entre D&P et la CECC, nous encourageons D&P à faire en sorte de tenir des consultations plus complètes avec les évêques du Canada et en particulier les deux évêques qui sont nommés au conseil national. » Par conséquent, nous « … recommandons à la CECC de continuer à soutenir l’organisation qu’elle a fondée il y a plus de 40 ans ».

La CECC dans son élaboration a précisé à son assemblée de juin : « … D&P doit clarifier sa structure interne et en ce qui concerne son travail dans d’autres pays, comment ses revenus sont attribués, et la nature de sa relation avec la CECC. Il se décrit à la fois comme “le volet du développement” des évêques du Canada et se dit “indépendant » des évêques. »

Une autre question est ressortie : « … la nécessité pour D&P de faire une déclaration publique… et d’informer la CECC… quand D&P se rend compte qu’un partenaire s’est compromis sur la question de l’avortement ou qu’il découvre qu’il est impliqué dans un problème controversé ».

Nous (la CECC) sommes d’avis que : « … la CECC peut certainement soumettre des recommandations à D&P et l’encourager à adopter certaines orientations, mais la CECC doit-elle légiférer ces changements? La CECC doit continuer à creuser les questions touchant D&P, et poursuivre sa réflexion, y compris les discussions de l’exécutif de la CECC avec des représentants de D&P sur les points soulevés, ainsi qu’une réflexion approfondie en plénière. Le fait que D&P soit façonné, en partie du moins, par la politique du gouvernement canadien, peut également soulever des questions au sujet de la relation entre D&P et l’Église. »

Aujourd’hui, et depuis notre fondation, deux évêques ont toujours siégé au conseil national; un évêque siège au comité exécutif et est au courant de toutes les décisions prises. Notre président notre directeur général de D&P rencontrent la CECC une fois par an, en juin, et le directeur général rencontre la plénière de la CECC en octobre. Les évêques qui siègent au conseil national font un rapport annuel sur les activités de D&P à la plénière. Intensifiant cette relation, la plupart des évêques canadiens participent systématiquement au Carême de partage et à notre campagne d’éducation annuelle. À l’occasion, la CECC participe à des consultations spéciales, comme l’Énoncé de politique sur le VIH/SIDA ou la Commission d’enquête (au Mexique), et un certain nombre d’évêques canadiens ont visité des partenaires et des projets de D&P dans le Sud lors de voyages d’immersion ou de missions spéciales (p. ex., la mission en Afrique en 2009).

Pour améliorer davantage ces aspects de nos relations avec la CECC, nous formulons les recommandations suivantes :

Recommandation no 9

Inviter régulièrement nos évêques canadiens à participer aux voyages d’immersion de D&P organisés à l’intention de nos membres pour rencontrer nos partenaires et voir les projets que nous appuyons.

De plus, organiser un voyage d’immersion spécialement consacré aux évêques canadiens afin qu’ils se familiarisent avec nos partenaires et notre approche au travail de développement (comme la « Mission en Afrique » en août 2009).

Recommandation no 10

Articuler un Protocole de communications entre la CECC et D&P visant à formaliser les procédures de communications en temps opportun, les relations de presse, les communiqués conjoints etc., pour le traitement des enjeux ou controverses publics touchant D&P. L’objectif de cette stratégie consiste à fournir une capacité d’intervention rapide dans une situation où D&P pourrait être impliqué de sorte que la CECC soit informée sans tarder et que des stratégies d’intervention complémentaires puissent être mises en place.

 

 

Recommandation no 11

Encourager nos conseils diocésains locaux aux quatre coins du pays à maintenir un dialogue soutenu et fructueux avec leur évêque local en le tenant au courant des activités de D&P. Le service de la Promotion peut aider à fournir des outils propices au dialogue. Une réunion annuelle entre le conseil diocésain, la personne animatrice et l’évêque canadien local est hautement recommandée. Cet aspect revêt une importance particulière lors de la nomination de nouveaux évêques, afin d’obtenir leur soutien.

Recommandation no 12

Mettre à la disposition de la CECC (et mettre à jour au besoin) une « vignette » d’une page sur chacun de nos partenaires/projets récapitulant tous les faits pertinents, y compris la manière donc chaque projet répond à nos critères de développement sans sacrifier nos valeurs catholiques. Nous avons déjà en main ces dossiers, qui sont régulièrement mis à jour dans le cadre du travail de nos chargés de projet.

Recommandation no 13

Explorer le dialogue avec l’Organisme catholique pour la vie et la famille (COLF), coparrainé par la CECC et les Chevaliers de Colomb. Puisque le message antiavortement trouve un écho certain chez de nombreux membres de D&P, nous préférerions travailler en coopération avec COLF à l’intérieur de la famille et sous l’égide de la CECC. Nous ne souhaitons absolument pas aller à l’encontre des valeurs catholiques et accueillons toutes les occasions de dialogue avec le mouvement pro-vie modéré.

Si nous reconnaissons le travail au sein de l’Église du mouvement antiavortement modéré (dont plusieurs de nos propres membres font partie), pour notre part, nous avons choisi de travailler et de témoigner sur d’autres questions morales importantes y compris la violence, la faim, la pauvreté et l’oppression dans les pays du Sud. Nous voyons toutes ces questions, y compris les questions antiavortement, comme des éléments complémentaires et non antagoniques d’un large éventail de questions (« pro-vie » au sens le plus large) dont nous sommes appelés à témoigner comme chrétiens. La Commission d’enquête, dans sa conclusion, a également évoqué « … un continuum et l’intégrité de toutes les questions liées à la vie humaine ».

Recommandation no 14

Organiser des réunions personnelles de haut niveau en temps opportun entre le bureau national et des évêques clés qui peuvent avoir besoin d’assurance supplémentaire sur l’importance de l’appui à D&P dans leur diocèse. Les implications de leurs actes individuels de retrait de leur soutien à D&P comme mouvement laïque national agissant pour la justice sociale et la solidarité ont de graves conséquences :

  1. sur le financement de nos partenaires au Sud;
  2. sur nos programmes de secours d’urgence;
  3. sur notre travail d’éducation et de plaidoyer au Canada.

Un tel scénario de la part de quelques évêques qui jouent un rôle décisif au plan financier aurait aussi pour effet de scinder la CECC et d’affaiblir D&P au point où il ne serait plus que l’ombre de lui-même : une bien triste fin à 43 ans de service exemplaire à l’Église.

Recommandation no 15

Susciter la participation plus étroite de nos évêques au travail de D&P par:

  • Un dialogue avec la CECC formulant les « principes moraux en matière de collaboration » qui régiront notre sélection et l’engagement et la rétention des partenaires et des projets;
  • Le recours de D&P au comité de théologie de la CECC et à l’expertise de ses théologiens pour nous aider à discerner les questions morales difficiles qui touchent nos partenaires;
  • La collaboration avec le « comité ad hoc » des évêques (présidé par l’évêque John Boissonneau de Toronto) qui a été formé après la plénière 2009 de la CECC;
  • La collaboration avec le nouveau « Comité permanent de la CECC sur D&P » formé à la suite de la plénière de 2010.

Recommandation no 16

Amorcer sans tarder une stratégie de communication externe conçue dans le but de visiter annuellement les quatre caucus régionaux des évêques pour tisser des liens, stimuler la confiance, dialoguer avec eux au sujet de notre ministère et répondre à leurs préoccupations éventuelles.

 

D : Réflexions internes et formation

La Commission d’enquête encourage « … le personnel de D&P à acquérir une saine et solide compréhension de la doctrine sociale de l’Église. C’est le seul moyen de rétablir la confiance des catholiques ».

La CECC dans son élaboration a évoqué ce qui suit à sa réunion de juin. La CECC et D&P ont convenu qu’une question importante de plaidoyer méritant davantage de réflexion était la question de « … la ‘dépénalisation’ de l’avortement, … un enjeu de taille qui prête à controverse en ce moment dans une bonne part de l’Amérique latine, formant le principal fondement des allégations contre les cinq partenaires mexicains… il a été suggéré de faire appel à l’expertise de théologiens éthiques sur cette question. »

À l’heure actuelle, notre propre comité « interne » de réflexion théologique prodigue ses conseils experts sur demande. La formation fait régulièrement partie des réunions du conseil national de D&P de sorte que les membres du conseil national reçoivent de la formation et de l’information adéquate sur leur rôle de dirigeant d’un mouvement national populaire en faveur de la justice sociale catholique. Le conseil national n’hésite pas à faire appel à des professionnels de l’extérieur pour lui venir en aide dans des situations difficiles.

Le Groupe de travail recommande, en outre, de :

Recommandation no 17

Fournir une formation théorique et pratique à tout le personnel – notamment le personnel des programmes internationaux et les chargés de projets – lorsque des nouvelles politiques et procédures ont été approuvées pour toutes les questions ci-dessus.

Recommandation no 18

Créer une courte ressource sur vidéo ou DVD qui pourrait servir à la promotion – notamment pour les évêques –, mais aussi pour le travail de promotion générale dans les paroisses, avec les groupes scolaires, les conseils paroissiaux, d’autres organismes, etc.

Recommandation no 19

Articuler – comme pratique courante – qu’au sein de D&P, sur les questions d’adhésion à la foi ou aux valeurs catholiques :

  • le directeur général est le seul porte-parole autorisé à parler aux médias sur ces sujets;
  • si une question se pose, le directeur du service concerné doit en informer promptement le directeur général;
  • des rapports complets sur ces questions ou incidents sont présentés au conseil national au moins une fois par an.

En bref, élaborer une politique de relations de presse, y compris les nouveaux médias sociaux.

Recommandation no 20

En cas de controverse, s’adresser aux donateurs, aux sympathisants importants et aux membres, pour les rassurer dans le cadre d’un plan de communication global qui s’adresse au personnel, aux membres et aux particuliers qui ont fait des dons.

Recommandation no 21

Élaborer et publier sur notre site Internet un énoncé de politique affirmant l’appui et l’adhésion sans réserve de D&P à notre foi et à nos valeurs catholiques. Il pourrait être utile de préciser notre respect pour toute vie (« l’éthique cohérente de la vie »), y compris les enfants à naître.

 

 

Recommandation no 22

Peser soigneusement notre participation à des événements nationaux ou internationaux occasionnels qui peuvent rassembler divers groupes embrassant diverses causes – certains de nos partenaires sont certainement parmi eux – où l’objectif principal ou le thème central de la conférence est le plaidoyer sur une question contraire à l’enseignement de l’Église.

Recommandation no 23

Envisager soigneusement notre participation à de grands réseaux ou de vastes consultations où D&P lui-même, directement – ou indirectement par les actions de nos partenaires –, pourrait être lié par inadvertance à des enjeux que nous n’appuyons pas.

Note : La « Marche mondiale des femmes » en 2001 et la « Consultation de l’ONU au Mexique » en 2008 nous ont créé des difficultés par « culpabilité par association » sur la même question – l’avortement.

Recommandation no 24

Envisager de concevoir un protocole spécial avec nos partenaires sur l’appui aux questions des femmes; cela pourrait prendre la forme d’une « formulation négative » concernant le type de projet précis que nous ne pouvons appuyer pour des raisons morales, ou encore d’une affirmation de nos valeurs.

Recommandation no 25

Envisager des moyens d’affirmer notre identité catholique – à la fois à l’interne et publiquement – et de souligner notre rôle essentiel au sein de l’Église catholique au Canada en communion avec nos évêques. La formation interne du personnel, surtout sur le Compendium de la doctrine sociale de l’Église et Caritas in veritate, doit être fortement encouragée et poursuivie.

 

En conclusion, nous aimerions citer un extrait de la lettre d’Eileen McCarthy (ancienne présidente du conseil national) dont les mots sont vraiment inspirés et encourageants :

… C’est ma conviction et mon espoir que nous verrons le don prophétique que nous avons eu en Développement et Paix, et que nous serons solidaires, si féroce que soit l’opposition, pour protéger et promouvoir la vision qui a inspiré un si grand nombre d’entre nous pendant toutes ces années. Cette réflexion et ce renouvellement de notre engagement pourraient être un moment de grâce pour nous. Prenez bien soin du précieux trésor dont nous avons hérité. LifeSiteNews n’est pas une raison valable pour le gaspiller. 

 

Novembre 2010

 

Membres du Groupe de travail :

Michel Denis (président), Pat Hogan, Sylvia Skrepichuk, Rodrigo Loyola, Natasha Halpin, l’évêque Richard Grecco, Paul McGuire.

Le père Michel Côté représentait notre Comité de réflexion théologique.

Membres du Groupe de dialogue avec le comité ad hoc de la CECC (Boissonneau)

Pat Hogan, Michel Denis, Natasha Halpin, Michael Casey et Claire Doran.

 

NOTE :

Une Annexe est jointe au présent rapport. Elle comprend :

  1. La version préliminaire initiale du nouveau Cadre de politique de partenariat (en cours d’élaboration).
  2. Tous les « anciens » documents décrivant notre orientation, principes de base, critères de sélection des projets, etc.
  3. Les versions préliminaires de tous les « nouveaux » documents/protocoles produits relativement aux recommandations contenues dans ce rapport.

 

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