L’expertise et l’expérience de DP, précieux pour l’AQOCI

Nous reproduisons ci-dessous une lettre envoyée le 10 juin, à la Conférence des évêques par l’Association québécoise des organismes en coopération internationale (AQOCI) qui rappelle l’importance de Développement et paix.

Objet : Appui à Développement et Paix
Monsieur Morissette,
La Conférence des évêques catholiques du Canada (ci-après la Conférence) a demandé à Développement et Paix, une organisation autonome et laïque de la société civile, de briser un partenariat de longue date en vertu d’accusations selon lesquelles son partenaire, le Centre Miguel Pro pour les droits humains de Mexico (PRODH), aurait contribué à la « promotion de l’avortement au Mexique ». Suite à ces événements l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) réaffirme son appui à l’égard de Développement et Paix et rappelle que les agissements de la Conférence vont à l’encontre des principes fondamentaux de l’efficacité du développement puisque ce sont l’autonomie et la neutralité de cette organisations qui sont en jeu dans ce différend. À long terme, la capacité de cette organisation de contribuer à un changement en faveur des droits humains et de la justice sociale et économique risque d’en être affaiblie.
De plus en plus, le rôle et l’importance de la société civile semblent remis en question par divers acteurs au pays. Créé en 1967, Développement et Paix a accumulé une expérience et une expertise importante en coopération et en solidarité internationale. Depuis sa création l’organisation a bâti cette expertise à travers 15 200 initiatives locales dans 70 pays. Elle bénéficie de l’impressionnant appui de 13 000 membres au Canada et de plus de 60 000 donateurs. Développement et Paix a défendu des causes importantes auprès du gouvernement canadien pour une plus grande justice sociale, que l’on pense seulement à la campagne contre la privatisation de l’eau ou celle en faveur du projet de loi C-300 sur la responsabilité sociale des compagnies minières canadienne à l’étranger.
Ce rôle en faveur du changement social ici et à l’étranger mérite d’être reconnu à sa juste valeur. L’autonomie des organismes de la société civile dans l’élaboration et la mise en œuvre des projets sont des éléments fondamentaux de la bonne réussite de la coopération internationale. En s’ingérant dans les affaires internes de cette organisation qui a pourtant fait ses preuves, la Conférence nuit à cette efficacité.
De plus, l’établissement de relations durables avec les partenaires sur le terrain, avec toute la connaissance des contraintes et des opportunités du milieu et la relation de confiance entre les partenaires qu’elle engendre, permet de grandement améliorer l’efficacité de la coopération internationale. Rappelons que le partenariat établi entre Développement et Paix et PRODH date de 1995. Cette relation de long terme a une valeur humaine propre qui n’est pas quantifiable.
Montréal, le 10 juin 2011
Le mandat de Développement et Paix stipule que l’organisme soutient « des partenaires dans le Sud qui mettent de l’avant des alternatives aux structures sociales, politiques et économiques injustes ». Dans le cas précis de PRODH, il s’agit de représenter devant les tribunaux des victimes d’abus de pouvoir, de répression et d’injustice. Dans le contexte d’une montée fulgurante des violences au Mexique, l’action de PRODH peut permettre de sauver des vies en renforçant un système judiciaire qui, en augmentant la justice institutionnelle au pays, pourrait aussi appuyer une diminution des règlements de comptes si fréquents dans ce pays. Il s’agit précisément d’une alternative à la violence, en faveur de la paix de tous les jours pour les citoyens qui n’ont souvent pas les moyens de se la payer.
En faveur du changement social, Développement et Paix n’hésitait pas, dans le passé, à intervenir auprès de populations qui n’étaient pas de confession chrétienne. La neutralité est essentielle à une approche qui se fonde sur les droits humains, tel que prônée dans la déclaration du Québec mise de l’avant par les membres de l’AQOCI en 2006. Cette neutralité devient fondamentale au bon fonctionnement des interventions, et même, à la sécurité des coopérants sur le terrain lorsqu’une organisation intervient dans une situation de conflit. L’intervention de la Conférence quant au choix des partenaires de Développement et Paix va à l’encontre de cette neutralité inhérente à une approche basée sur les droits de la personne et pourrait donc nuire à l’efficacité de ses actions dans ces circonstances.
L’appui duquel jouit cette organisation dans la société ne va pas sans contrepartie. L’organisation est redevable au gouvernement et à la population. L’opacité de laquelle la Conférence a entouré ce débat nuit finalement à la crédibilité et à la légitimité de cette organisation pour l’avenir.
Pour toutes ces raisons, nous demandons à la Conférence des évêque de Canada de reconnaître l’importance de l’autonomie et l’expertise de Développement et Paix et de revenir sur sa décision en lui permettant de poursuivre son partenariat de longue date avec l’organisation PRODH au Mexique. Nous demandons également que la Conférence laisse Développement et Paix décider du bien fondé de ses partenariats actuels et à venir.
Veuillez accepter, Monsieur, l’expression de nos sincères salutations,
Marco Labrie Président de l’AQOCI
Gervais L’Heureux Directeur général de l’AQOCI
C.C. Michael Casey, directeur général de Développement et Paix C.C. Mgr Martin Veillette, président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec

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