Crise à développement et paix : l’influence des «vrais» catholiques

Texte paru dans dans le magazine Sentiers de foi.

Développement et Paix fait l’objet de dénonciations par des groupes pro-vie parce qu’il  finance des partenaires qui ont dans leur programme une approche pro-choix sur la santé des femmes. Les réactions d’appui à DP n’ont pas tardé.

Développement et Paix est l’organisme officiel de solidarité internationale de l’Église catholique au Canada fondé en 1967. Sa mission: «Soutenir des partenaires dans le Sud qui mettent de l’avant des alternatives aux structures sociales, politiques et économiques injustes. Dans la lutte pour la dignité humaine, l’organisme s’allie (partenariat) aux groupes de changement social du Nord et du Sud. Il appuie les femmes dans leur recherche de justice sociale et économique. Les objectifs de Développement et Paix, inspirés des valeurs de l’Évangile et en particulier de l’option préférentielle pour les pauvres, consistent à appuyer les actions des peuples du Sud pour qu’ils puissent prendre leur destin en mains et à sensibiliser les Canadiens et Canadiennes sur les questions liées au déséquilibre nord-sud.» (site internet) Il s’agit d’aller aux causes structurelles des injustices sociales (structures de péché selon Jean-Paul II) plutôt que d’éponger indéfiniment les conséquences désastreuses des exclusions économiques et sociales. L’organisme est réputé pour son intégrité et son expertise et est soutenu par une base militante de 13 000 membres.

Pro-vie vs pro-choix

Les dénonciations ont débuté avec la Marche Mondiale des Femmes en 2000, marche que Développement et Paix et de nombreuses communautés religieuses féminines appuyaient. Dans ce rassemblement mondial il y avait des groupes avec option «pro-choix» (libellés «pro-avortement» par les dénonciateurs) concernant la santé des femmes. Alimentées par les sites internet Lifesitenews (Toronto) et Socon (Ottawa) et reliés à des groupes comme Real Catholic Women et Real Catholic TV (É.U) ces dénonciations se sont poursuivies jusqu’à aujourd’hui. Ainsi, lors de la dernière campagne carême de partage (2011), deux évêques (Ottawa et Alexandria-Cornwall), sous la pression des groupes pro-vie qui se prétendent les seuls «vrais («real») catholiques», ont exigé que Développement et Paix annule l’invitation faite au jésuite Luis Arriaga, responsable d’un Centre mexicain de défense des droits humains réputé (PRODH). Le seul critère étant la non-conformité des programmes de ces groupes aux enseignements strictes de l’Église catholique dont ceux sur la contraception, l’avortement et l’homosexualité comme affirmé sur le site Socon : «…49 groupes qui font la promotion (certains agressivement) de l’avortement, de la contraception, de l’homosexualité ou sont en général anti-catholiques» (traduction libre).

Des réactions en chaîne

Les réactions ne se sont pas fait attendre : L’Entraide Missionnaire, le Réseau Culture et Foi, Le Réseau des Forum André Naud, L’Association des Religieuses pour les Droits des Femmes. Puis, le bibliste Caude Lacaille suivi par quatre membres de DP Montréal et d’autres catholiques ont lancé une chaîne de lettres sur internet adressée aux évêques de chaque diocèse et au président de la CECC, Mgr Morissette. Des centaines de lettres et des pétitions (86 signatures dans la seule paroisse St-Pierre-Apôtre) ont suivi. L’Association des Religieuses pour les droits des femmes (ARDF), regroupant des déléguées de 46 congrégations religieuses, ont dénoncé ainsi les coupures de subventions aux groupes de femmes exigées par ces groupes : «De telles attaques à l’encontre de la dignité et des droits des femmes nous provoquent à actualiser pour aujourd’hui cette réponse de Jésus aux pharisiens : «Je vous le dis : s’ils se taisent, les pierres crieront» (Lc 19, 40). Elles ajoutent : «Des enquêtes menées sur le terrain démontrent que les groupes de femmes affectés par cette décision prennent soin de leurs soeurs vivant la pauvreté et la violence familiale en plus d’être très souvent seules à porter la responsabilité de l’éducation de leurs enfants. Nous savons également que la pratique du viol comme arme de pouvoir des hommes sur les femmes entraînant ainsi la mort psychologique et spirituelle des victimes, devrait inciter notre Église à des gestes de compassion plutôt que de jugement, de coupure d’aide et de discrimination.» De nombreux groupes et personnes impliquées en Église ont aussi pris position dont quelques unes sont rapportées sur le site du Réseau Culture et foi (1).

Qui sont les «vrais catholiques»?

Dans ce débat, un enjeu de fond émerge concernant l’identité chrétienne aujourd’hui. N’y aurait-il qu’une seule façon de pratiquer sa foi, soit en étant des copies conformes des enseignements venant du Vatican – copier-coller et répéter sans réfléchir? Sans tenir compte des contextes culturels, des consciences et des ouvertures historiques du Concile Vatican II élaborées et décrétées par 2300 évêques : importance du Peuple de Dieu et son «sens de la foi», de la liberté de conscience, de la collégialité, du pluralisme théologique et pastoral, de l’ouverture confiante sur le monde, de la responsabilisation des baptisés. Sur ces sites, pas un mot de l’Évangile d’un nommé Jésus et de ses pratiques d’accueil, de compassion, de respect des consciences. «Défendre la vie ne concerne-t-il pas surtout la défense des conditions de vie et de dignité tout au long de la vie ? C’est ce que fait DP depuis ses débuts, en fidélité avec les options et les pratiques de Jésus dans l’évangile» de nous dire des militants de cet organisme.

 

Se faire imposer comme adultes un modèle unique de pratique de foi d’en haut – comme un kit de peinture à numéro – ou en menaçant de l’enfer, n’a rien à voir avec l’esprit de l’Évangile. «Proposer Jésus-Christ aujourd’hui» (priorité du diocèse de Montréal depuis plusieurs années) et sa liberté est beaucoup plus emballant. Est-ce que nos évêques canadiens ont gardé leur liberté évangélique? Sont-ils prisonniers d’une ligne de parti, d’une langue de bois et d’une unité de façade? Où est donc passé le Souffle de Vatican II? Dans le Peuple? Oseront-ils des paroles courageuses pour défendre ce fleuron de l’Église canadienne qu’est DP?

Texte de Gérard Laverdure (Version intégrale dans le magazine Sentiers de foi, ici)

(1) Voir d’autres prises de position sur http://www.culture-et-foi.com/nouvelles/nouvelles.htm

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s